Le handicap au travail

Le handicap au travail

écrit par Chloé

Cette semaine est une semaine particulière, c’est celle de l’Emploi des Personnes handicapées. Des actions sont mises en place par des entreprises, on va voir quelques articles diffusés par des journaux, peut-être même un ou deux discours de politiques, et puis lundi 22 novembre va arriver et on n’aura déjà oublié.

Les handicapés, eux, n’auront pas oublié. Ils n’auront pas oublié que 61 % des personnes en situation de handicap en demande d’emploi étaient au chômage depuis plus d’un an (contre 48 % pour l’ensemble des personnes à la recherche d’un travail) (source APF France Handicap). Ils n’auront pas oublié non plus que certains recruteurs mettent directement un NON sur la candidature d’une personne handicapée, car elle est handicapée. Ils n’auront toujours pas oublié que désormais, il y a des quotas en entreprise, et que ces quotas leur ont permis pour certains d’accéder à un emploi, mais avec en lumière le prisme de leur handicap.

Des handicaps, il y en a des visibles, des invisibles, des physiques, des « mentaux », il y a ceux dont on peut guérir, ceux qui, malheureusement, resteront à vie, il y a ceux qui sont reconnus, ceux qui au contraire, ne le sont pas ou pas encore, bref, des handicaps, il y en a autant que de personnes qui en souffrent.

Aujourd’hui, c’est un article un peu particulier pour moi, car je vais parler d’un sujet qui me touche personnellement. Le handicap au travail c’est un sujet avec lequel je vis depuis quelques temps maintenant, et ce sujet ne disparaîtra pas à la fin de la semaine. Alors voici quelques conseils pour mieux aborder ce thème avec vos collaborateurs.

Pourquoi est-il important d’être sensibilisé au handicap ?

Bien sûr, en parlant de handicap au travail, tout le monde vous dira que cela ne leur pose pas de problème de travailler avec des personnes handicapées. D’ailleurs, rien que cette phrase me donne envie de me cogner la tête contre les murs, mais passons. En réalité, si travailler au contact des personnes handicapées ne dérangeaient vraiment personne, on n’aurait pas besoin de quotas. Et bien entendu, on n’entendrait pas ce genre de remarques : « mais du coup, comment on va faire pour travailler avec lui ? » ou autres « je crois que ça va être compliqué. ». Malheureusement c’est le cas. Et parfois, si vous ne le dites pas devant une personne handicapée, vous le dites devant un ou une aidant.e.

Être sensibilisé.e au handicap, cela ne veut pas dire connaître chaque type de handicap ou donner de l’argent au téléthon, cela vient plus loin que cela. Être sensibilisé.e au handicap c’est être capable de ne pas laisser des clichés obscurcir votre jugement, modifier votre façon d’être avec les personnes ou pire, les rejeter sous prétexte de leur différence. Il existe des façons simples de ne pas stigmatiser les personnes handicapées. Pensez simplement à la réaction des enfants  devant d’autres personnes qu’ils ne connaissent pas. Les enfants ne sont jamais méchants, ils sont, au pire, naïfs.

Personne n’élève son enfant dans l’optique que celui-ci fasse preuve de discrimination envers quelqu’un d’autre. Pourtant, au fur et à mesure des années, on finit, malgré nous, par prendre des décisions, prononcer des paroles qui sont discriminantes. Je me souviens encore d’un échange téléphonique où on me disait que prendre la personne X n’allait pas être possible car elle ne pourrait pas répondre au téléphone. Spoiler alert : le poste ne nécessitait pas de répondre au téléphone. Mais voilà, l’argument était posé et impossible de changer d’avis. La véritable raison de tout ceci ce n’était pas l’impossibilité de répondre au téléphone, c’était tout simplement la peur du handicap, la peur de devoir faire trop d’aménagements sur un poste de travail.

De telles situations n’arriveraient pas si nous savions comment parler sainement du handicap en entreprise. Peut-être devrions-nous simplement commencer par demander aux principaux intéressés ? La naïveté n’est pas un problème. Vous pouvez nous parler de notre handicap, vous intéresser, nous demander comment vous pouvez simplement rendre notre journée plus simple. Cela vous prendra cinq secondes, mais vous nous ferez gagner un temps précieux et vous nous épargnerez un stress inutile. Car oui, la vie en entreprise est souvent pensée pour les personnes dites « valides », c’est-à-dire, ne souffrant d’aucun handicap. Parmi les exemples les plus connus : les documents rangés en hauteur pour les personnes en fauteuil roulant, les open spaces bruyants pour les malentendant.es, les panneaux d’informations pour les malvoyants, etc.

 

Pourquoi la plupart des arguments qu’on oppose aux personnes handicapées sont faux ?

Dans ma jeune carrière, j’ai déjà eu la chance d’entendre des perles, de voir des situations où l’envie de m’arracher les cheveux n’était pas seulement forte, mais nécessaire.

L’argument le plus connu ? Les personnes handicapées sont plus souvent absentes que les autres. Il s’avère que non. Il s’agit d’un biais que l’on a, car un travailleur handicapé voit ses absences être stigmatisées. On ne dira pas la même chose d’un jeune parent dont l’enfant est malade. De plus, avec la démocratisation du télétravail, de véritables progrès ont été faits pour faciliter le travail des personnes en situation de handicap. Croyez-le ou non, ce qui justifiait auparavant une absence peut être aujourd’hui solutionné avec un aménagement aussi simple que la possibilité de recourir au télétravail. Ainsi, plus besoin de bloquer une journée complète pour un rendez-vous médical, il suffit de travailler sur la flexibilité du temps de travail.

Les personnes en situation de handicap engendrent des coûts supplémentaires. Encore une fois, voilà quelque chose de faux. Si la personne a obtenu la fameuse Reconnaissance de Travailleur.se Handicapé.e (RQTH pour les intimes), alors les frais d’aménagement de poste sont couverts par l’AGEFIPH et la MDPH. La plupart des coûts sont absorbés par ces deux entités gouvernementales. Alors oui, cela demande parfois des aménagements, un clavier plus grand, des fauteuils ergonomiques, mais posez-vous la question suivante : si vous avez en face de vous la perle rare, ces aménagements sont-ils réellement rédhibitoires, ou bien est-ce vos préjugés qui parlent ?

Les personnes en situation de handicap ont tendance à causer des problèmes en entreprise. J’adore celle-ci. Avez-vous déjà été dans un bar à la fin d’un match de foot ? Je vous assure que le monopole des problèmes n’est pas tenu par les personnes handicapées. Si quelque personne se sent jalouse ou flouée car elle n’a pas de siège ergonomique, de casque bluetooth insonorisant ou que sais-je encore, essayez de lui proposer un exercice très simple. En fonction du handicap qu’elle critique, faites-lui vivre pendant deux heures la même situation. Cela suffit généralement à faire taire les plus véhéments, et comme m’a toujours dit mon père, « on ne peut pas mettre de l’intelligence là où elle est absente ».

La discrimination, un fléau toujours en place

 

Lorsque j’étais en école de commerce, un de mes camarades m’a gentiment expliqué un jour que je n’aurais aucun mal à trouver du boulot, car j’avais un handicap et que donc pour les quotas, c’était niquel.

Lorsque j’étais en processus de recrutement pour une alternance, on m’a demandé sous combien de temps je pouvais obtenir la RQTH, afin de rentrer dans les quotas (spoiler alert, je n’ai pas poursuivi le processus de recrutement).

Lorsque j’ai dit vouloir faire du recrutement, on m’a plusieurs fois interrogé sur la fiabilité de mes comptes-rendus car je pouvais déformer les propos des personnes interviewées.

J’en passe et des meilleures.

Bien entendu, je ne fais ni généralité, ni amalgame. Je ne dis pas que tout le monde fait preuve de discrimination, en tout cas pas volontairement. Car la plupart du temps, les paroles qui font le plus mal ne sont pas les plus caricaturales, en effet, celles-ci, on finit par les connaître et cela peut faire rire (jaune, mais rire quand même). La discrimination qui fait du mal, c’est celle qui est insidieuse, parfois même qui part d’une « bonne intention ». C’est le fait de ne pas vouloir inclure X ou Y dans un projet, de peur qu’il ou elle soit trop fatigué.e, c’est aussi le fait de ne pas penser à Z ou W pour une promotion, car bon, il ou elle a beaucoup de choses à gérer, etc.

Je ne compte plus le nombre de fois où des connaissances atteintes de handicap n’ont pas eu accès aux mêmes informations que leurs collègues valides car trop compliqué de faire un résumé si untel était absent de la réunion.

Ne vous permettez pas de juger à la place d’une personne ce qu’elle peut faire ou ne pas faire. Proposer lui de participer à un projet, en évitant d’ajouter la fameuse phrase qui veut tout dire « mais ne te sens pas obligé.e d’accepter ». Laissez les personnes vous dire leurs limites, leurs envies. Le plafond de verre ne se brisera pas tout seul. Faire de beaux discours sur l’accessibilité du marché de l’emploi aux handicapés ne sert à rien si vous n’êtes pas capable de lever vos propres œillères.

Je terminerai cet article en disant que si mes propos ne vous plaisent pas, de toute façon, « je n’entends pas les rageux » 😉